19.09.2006

GOOD BYE LENIN CHIRAC

medium_chirac.2.jpg(55e Faubourg Saint-Honoré n°8) « Je pense que de mars à mai, il y a le temps nécessaire pour une campagne électorale. Nous n'avons pas - notamment depuis que nous avons un quinquennat - la possibilité de perdre du temps par des campagnes électorales excessives. On peut tout faire et tout dire dans une campagne électorale de deux ou trois mois. ». Chirac a parlé. Est sorti de l’ombre hier matin sur Europe 1, au micro de Jean-Pierre Elkabbach. Jacques a dit : « Le gouvernement est là pour travailler. Et le président de la République est là pour s'assurer que le gouvernement travaille. Et il travaille. » Nous voilà rassurés. De grands chantiers doivent encore être menés à bien d’ici les prochaines échéances électorales a-t-il assuré. Pour n’en citer que trois : la baisse du chômage en deçà de 8%, la relance du dialogue social, la réforme de la justice. Chirac le martèle. Comme si personne ne l’entendait vraiment, ou ne voulait l’entendre : « Je veux que tout le monde bosse et bosse dans le cadre d’une politique définie par le premier ministre et assumée par le président de la République ». Le message à Nicolas Sarkozy est à peine voilé. Ce même Nicolas Sarkozy avide de rupture. Celui-là même qui, bien que numéro 2 du gouvernement, semble tout faire pour se désolidariser de la France de maintenant – celle de Chirac – pour mieux vendre la France d’après – la sienne.


On le comprend, en même temps, Chirac. Pas facile d’exister à l’heure où les médias n’ont d’yeux que pour Nicolas et Ségolène. Du Figaro, Libération, à la presse people, en passant par les mastodontes du petit écran, on ne voit qu’eux. Alors Chirac contre-attaque, dit avoir « une grande idée de la France », flatte l’ego de ses concitoyens, tente de leur vendre ses douze années de règne, dont cinq par défaut. Que la France de Jacques semble belle ! Mais voilà, plus personne n’y croit à la France de Jacques. Pis, tout le monde ou presque se fout de ce que Jacques peut dire. Sans doute parce que le temps de la méthode Coué est fini. Révolu. Basta. Ciao. Que tel que les Français le perçoivent, le refrain chiraquien n’a d’égal que le duo formé en son temps par Alain Delon et Dalida : « Paroles, paroles… ». Chirac peut essayer de vendre sa « France de maintenant », stigmatiser celle d’après. Mais la réalité est têtue. Pour une très large majorité des Français, qu’ils soient de droite ou de gauche, Chirac représente celle d’hier. « Good bye, Lenin Chirac », pour paraphraser le titre du film de Wolfgang Becker. Le mur est tombé. Toi avec. Que tu le comprennes ou non.

Horrible pensée ? Non. Tristement réaliste. Meilleure preuve en est l’approche du président Chirac du débat démocratique. Souvenez-vous : « De mars à mai, il y a le temps nécessaire pour une campagne électorale ». « Eh, oh, réveille-toi, serait-on tenté de lui dire. Il ne s’agit pas de nous vendre un baril de lessive ! Là on parle de la France. De la vision que les présidentiables en ont, qu’ils soient membres du gouvernement, dans l’opposition ou simples indépendants ». Ne pas avoir compris que les Français en ont marre de se voir vendre tout et n’importe quoi sans leur laisser le temps de la réflexion, ne tient même plus de l’incompréhension sociopolitique mais bien davantage de l’autisme. Non, trois mois ne sont en rien suffisants pour mettre à plat tous les maux d’une fin de règne. Et puis, en trois mois, aurait-on seulement eu le temps de s’attarder sur le coup de gueule de François Bayrou au 20h de Tf1, lorsque celui-ci déclara, devant des millions de téléspectateurs, que « les grands media ont orchestré pour les Français un choix [entre Nicolas Sarkozy et Ségolène Royal] dicté à l'avance » ? Aurait-on eu droit à cette affligeante explication d'Etienne Mougeotte, le numéro 2 de Tf1, qui déclara en retour au candidat du parti centriste que si sa chaîne ne parlait pas autant des autres formations politiques que l'UMP et le PS [et donc peu de la sienne] cela s’expliquait par son penchant [personnel] pour une bipolarisation de la vie politique française ! Aurait-on également eu le temps de débattre de ce que nous proposent véritablement nos présidentiables de tout bord ? De ce que leurs projets impliquent véritablement pour les Français, pour la France et pour l’Europe ? Non, bien sûr que non. Mais cela, Chirac ne semble pas s’en émouvoir, sans doute persuadé qu’il est que les grandes promesses accompagnées de quelques poignées de mains et gorgées de bière suffisent encore à élire un chef d’Etat. Triste fin que celle de cet homme dont les Français n’attendent à vrai dire plus qu’une chose: qu’il parte.

Commentaires

Bonjour Christophe,

Je souscrit en partie à l'analyse et à la conclusion, d'autant que je fais parti des nombreux français qui ont signé un bail de 5 ans par défaut. Donc, vivement que Chirac parte, car d'ici là, point de véritable changement.

Mais il est aussi vrai que si nous n'hâterons pas le temps, et au risque de trop personnifier le débat politique (travers exacerbé de la politique people), Chirac est encore Président jusqu'en mai prochain, et d'un point de vue institutionnel, ça compte et nous en avons besoin. Pour les affaires de la France intérieure, comme pour celles de politique extérieur.

Qui sinon, pour rappeler les principes fondamentaux de séparation des pouvoirs en démocratie au candidat Nicolas S., ministre d'état de sa fonction qui reme en cause de façon démagogique la justice ? Qui pour faire la leçon de relation diplomatique, à ce même candidat Nicolas S., faisant le grand et l'aligné à la Maison Blanche ?

Et oui, même un Chirac usé, ça peut servir ... Et puis, il nous aura au moins laissé la Charte de l'Environnement dans notre constitution. Maigre héritage, essentiel tout de même pour d'autres combats.

Ecrit par : Héloïm Sinclair | 22.09.2006

Bonjour Christophe,

Je souscrit en partie à l'analyse et à la conclusion, d'autant que je fais parti des nombreux français qui ont signé un bail de 5 ans par défaut. Donc, vivement que Chirac parte, car d'ici là, point de véritable changement.

Mais il est aussi vrai que si nous n'hâterons pas le temps, et au risque de trop personnifier le débat politique (travers exacerbé de la politique people), Chirac est encore Président jusqu'en mai prochain, et d'un point de vue institutionnel, ça compte et nous en avons besoin. Pour les affaires de la France intérieure, comme pour celles de politique extérieur.

Qui sinon, pour rappeler les principes fondamentaux de séparation des pouvoirs en démocratie au candidat Nicolas S., ministre d'état de sa fonction qui reme en cause de façon démagogique la justice ? Qui pour faire la leçon de relation diplomatique, à ce même candidat Nicolas S., faisant le grand et l'aligné à la Maison Blanche ?

Et oui, même un Chirac usé, ça peut servir ... Et puis, il nous aura au moins laissé la Charte de l'Environnement dans notre constitution. Maigre héritage, essentiel tout de même pour d'autres combats.

Ecrit par : Héloïm Sinclair | 22.09.2006

Héloïm,

Entièrement d'accord avec toi. Le "qu'il parte" faisait allusion à mai 2007 :-) D'ici, même si c'est Chirac, il a été élu et doit, pour le meilleur et pour le pire, aller jusqu'à la fin de son mandat. Et puis, comme dirait la marionnette de Guy Roux: "'Faudrait pas gâcher" ;-)

Christophe

Ecrit par : christophe | 22.09.2006

Bonjour,

je trouve ton article très intéressant et passionnant à lire encore une fois :)

par contre je ne suis pas tout à fait avec l'opinion d'héloïm. Sarkozy fait partie d'un gouvernement certes mais en tant que président UMP il a droit à un discours de rupture. En tant que ministre de l'intérieur il a droit au discours de remise en cause , même si il a été trop loin et fait preuve de si peu de diplomatie que c'est inquiétant.
Je ne surtout pas d'accord car il faut une rupture avec la mafia actuellement en place. Notre pays est embourbé dans une politique qui mènera à terme à un système russe. Chirac représente ce système. Sarkozy quand il a été aux usa a bien précisé qu'il préferait celui ci que le système russe. qui préfererait le contraire??? chirac lui c'est sûr. regardez l'affaire Clearstream... c'est une partie infime de la partie émergée de l'iceberg.
Chirac doit néanmoins continuer à exercer. Parfois Sarkozy a des opinions stupides et arrêtées sur la politique internationale et nationale à mener. Mais quand je vois qu'en ce moment la france et l'allemagne ont fermé leur gueule à propos de l'iran qui preuves à l"appui utilise maintenant la torture contre les prisonniers politiques et celà juste par ce que l'iran a accepte de laisser les entreprises francaises a revenir et faire des benefs. Ainsi va de l'acceuil de Poutine, un des nombreux dictateurs du monde. Voilà ce qu'est la politique chiracienne.
Je préfère encore la politique us.

Fred (bon faudra que je remercie ma femme d'etre devenu "fred des bobs" ;)

Ecrit par : Fred des Bobs | 23.09.2006

Fred des Bobs (c'est vrai ça sonne bien ;-))

Je pense qu'on est assez nombreux à être d'accord avec un besoin de rupture. Maintenant, le mandat de Chirac court jusqu'en mai avec tout ce que cela implique. Et vu qu'il a l'immunité... Bref.

Pour Sarkozy, sa position est assez ambigüe: membre du gouvernement tout en s'en désolidarisant. Pour prendre une méthaphore, cela ressemeble un peu à un attaquant (en foot) qui prendrait un malin plaisir à marquer contre sa propre équipe. Heureusement que Tapie n'est pas à l'UMP, certains y auraient vu l'occasion de relancer l'affaire OM/VA ;-)

Christophe

Ecrit par : christophe | 23.09.2006

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