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14.11.2006

«QUAND TU PRIES, BOUGE LES PIEDS»

La logique de l’actualité aurait voulu que je m’étende sur l’affaire de la cassette pirate qui, partie des blogs, a fait la une de l’actualité politique française de ces derniers jours. Un petit film, somme toute bien modeste, sur lequel on y voit Ségolène Royal suggérer que les enseignants de collège fassent du soutien scolaire sans autre compensation financière. Mais voilà, étrangement, cette cassette je m’en fiche. Disons-le clairement. Parce que le fond du débat – l’accompagnement scolaire des élèves – a vite été éclipsé au profit d’une autre question : «A qui profite le crime ?». DSK, Fabius ? D’autres s’en réjouiront sans doute. Mais là, l’humeur du jour, pour ce qui me concerne, n’y est pas. Non, la petite phrase qui me trotte en tête vient de bien plus loin : d’Afrique. Un proverbe : «Quand tu pries, bouge les pieds», lu dans le script de fin d’Une Vérité qui Dérange, film de « l’ex-futur président des Etats-Unis », Al Gore, actuellement projeté en salles et étrangement trouvé hier après-midi sur la plateforme Dailymotion.


Le rapport avec la campagne présidentielle française ? Le passage de la traditionnelle prière politique à l’action politique. Le triptyque formé par les questions économiques, sociales et environnementales aussi. Et une question en arrière-fond : nos candidats ont-ils vraiment quelque chose de concret à nous proposer. Les médias les incitent-ils réellement à le faire. Tels que présentés, les programmes de nos présidentiables sont découpés, presque déchiquetés en des pièces dont on ne sait plus si elles peuvent encore s’imbriquer les unes dans les autres.

Jean-Marie Le Pen, Philippe de Villiers et Nicolas Sarkozy tirent pour l’exemple la sonnette d’alarme face à l’afflux de clandestins. Nous parlent de charters, d’immigration choisie, de sécurité aux frontières. Face à ce «fléau», une seule réponse : habiller la France en bleu policier. Renvoyer chaque intrus dans son pays, à l’exception, peut-être, des plus qualifiés… Mais une question : une fois de retour «au pays», ils deviennent quoi nos clandestins ? Ils restent sagement assis en promettant de ne plus jamais tenter leur chance au nord, de risque que le maître leur redonne un coup de règle sur les doigts ? Non, bien sûr. Nombreux sont ceux qui retentent leur chance, accompagnés de nouveaux et vaillants compagnons de route. Parce que l’équation est, la plupart du temps, tristement simple : mourir au sud ou survivre au nord. Jeter la pierre aux seuls Etats du nord serait néanmoins trop facile. Combien de gouvernements africains ont-ils en effet troqué un gisement minier ou une concession de pêche industrielle sur dix ans à la Chine, l’Europe ou les Etats-Unis contre un nouveau stade de football ou un palais des congrès flambant neuf. C’est sûr, à court terme le bel édifice en impose. A ceci près qu’au-delà du nouveau signe extérieur de richesse, on peut se demander si la chose en valait bien la peine. Combien d’ouvriers ou de pêcheurs sans travail, à moyen terme, pour un nouveau complexe ? Alors oui, c’est sûr, ils pourront voir leur équipe locale jouer sur une belle pelouse mais ensuite ? Etonnez-vous après qu’ils traversent les mers.

Le nord, lui, donne de grandes leçons, bilatérales, ou via le FMI ou la Banque mondiale. J’avoue ne jamais avoir compris d’ailleurs comment l’un de mes anciens camarades de fac pouvait un soir ouvertement se féliciter de circuler en Afrique avec un passeport de l’Onu et non de la Banque mondiale pour laquelle il travaille. «Au moins, on n’est pas emmerdé, comme ça» ! «Tu as raison, assume…», ai-je alors pensé. Assumer : voilà un bien grand mot qui renvoie à notre proverbe : «Quand tu pries, bouge les pieds». Nos candidats prient donc pour un retour au plein emploi, pour la fin de l’immigration clandestine, pour le salut de la planète. Pour le fameux triptyque «économie, social, environnement». Trois questions étrangement traitées séparément bien que complémentaires pour peu que la volonté politique suive. Le développement durable peut en effet être un merveilleux levier économique, entraînant dans son sillon une relance de la R&D, créatrice de nouveaux débouchés et d’emplois, et d’autant de dépenses en allocations chômage en moins.

Al Gore le sait sans doute mieux que quiconque : économie et écologie ne sont pas deux données antagonistes. Bien au contraire : en Europe, les exemples ne manquent pas sur ce point, notamment en Allemagne ou en Haute-Autriche. Quant à l’immigration, la question n’est guère éloignée de cette équation : le solaire ou l’huile de pourghère sont deux «denrées» dont ne manque pas l’Afrique. Deux éléments «verts» parmi d’autres qui pourraient, pour peu que l’on accepte d’entretenir une véritable politique de codéveloppement avec le sud, aider ce dernier et son économie à relever la tête. La situation de l’industrie cotonnière malienne en est un bon exemple, elle qui peine à transformer sa matière première en produit de grande consommation, faute à un coût par trop élevé de l’électricité. En réduisant sa dépendance énergétique grâce au solaire, nul doute qu’elle pourrait envisager un bond économique en avant et créer de nouveaux emplois, ne serait-ce que pour ses diplômés. Alors oui, c’est vrai, certains, au nord, ne manqueront pas de dire que tout cela a un coût, qu’on n’est pas l’Armée du Salut. Mais alors une simple et dernière question : combien nous coûtent chaque année les politiques d’immigration, tant sur le plan budgétaire que social ? Combien nous coûte et nous coûtera plus encore, si l’on ne fait rien d’urgence, la dégradation de l’environnement ? Est-ce véritablement moins ? On peut en douter. Reste à savoir ce qu’en pensent nos présidentiables. Parce que pour l’heure, nul ne semble, en France, vraiment s’être penché sur la conjonction de ces questions.

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