20.11.2006

FEMMES ET CETERA

(55e Faubourg Saint-Honoré) La France appartiendrait-elle enfin aux femmes. Du moins sa destinée ? Ségolène n’est pour rien dans cette affaire, ou pas à elle seule du moins. Ségolène a été élue, acclamée, presque plébiscitée dès le premier tour de l’investiture socialiste. Recueillir plus de 60% des voix auprès des adhérents n’est pas rien, surtout face à un Dominique Strauss-Kahn et un Laurent Fabius. Reconnaissons-le, quand bien même lui appartiendrait-il désormais de ne pas décevoir. Pour cela lui faudra-il encore marquer son territoire. Défendre un projet propre, cohérent, compréhensible. Rassembler ne signifier pas associer des pièces de puzzles inassemblables.


Sarkozyste dans l’approche répressive, strauss-kahnienne dans l’approche économique. Fabusienne dans celle européenne. Ségolène est un patchwork politique à elle toute seule. Mais pas de ceux que l’on aime offrir. Alors oui, reste le côté glamour. Le côté hollywoodien de sa candidature présidentielle. Le côté Hillary Clinton auquel nombre d’Européens seraient prêts à succomber s’ils devaient leur appartenir de désigner le prochain chef d’Etat américain. Mais est-ce suffisant ? Etre femme est peut-être tout un programme dans la vie mais pas en politique, pour peu que l’on croit que politique puisse encore rimer avec convictions, cohérence, défense d’un projet, d’une vision (et non d’un simple désir) d’avenir. Les socialistes seront unis autour de Ségolène. C’est vrai. Officiel. Parole de scout. Mais de quelle union parle-t-on ? Celle du plus petit dénominateur commun ? Si tel est le cas, autant voter pour un encéphalogramme plat.

A droite, une autre femme émerge, poussée par Chirac et les siens. Huée par les membres de l’UMP, faisant bloc comme un seul homme, ou presque, derrière Nicolas Sarkozy, le « candidat naturel » du parti. Cette femme c’est Michèle Alliot-Marie, ministre actuellement en charge de la Défense. Alors oui, c’est vrai : elle ne fait pas l’unanimité. Loin de là. Qui plus est au sein même de son parti. Et plus à bien y réfléchir, plus la création du Chène semble faire office de porte de sortie. Mais MAM frappe les esprits par son irrévérence envers Nicolas Sarkozy. N’hésite pas à le tacler sur son propre terrain, physique (le parti) et idéologique (les idées). Dommage, presque, que l’on en sache pas plus sur elle, sur sa vision de l’Etat et de la France. Mais c’est vrai. Alliot-Marie n’est pas candidate. Pas encore, du moins tant que Chirac n’aura pas décidé de son propre sort. Sa femme, Bernadette, n’a eu de cesse de le rappeler ces derniers jours : le président est encore en pleine forme. Il a encore toute sa tête. Tant mieux pour lui. Mais peut-être serait-il bon de rentrer au chaud maintenant.

Deux femmes pour peut-être un même destin. Celui de sortir du rang et de tenter de s’affirmer là ou nulle n’avait jusqu’alors essayé ou été autorisée à le faire. Ségolène face aux dinosaures du parti socialiste. Alliot-Marie face au jeune loup de l’UMP. A moins, qui sait, qu’une autre femme ne sorte du lot. Podcastée dans un petit restaurant parisien, Clémentine Autain touche par sa fraîcheur. Ses idées, bien que d’extrême-gauche, en ressortent presques ragaillardies. Sans doute parce qu’elle est femme, jeune et féminine. Surtout, peut-être, parce qu’elle dénote par un franc-parler auquel on n’était plus guère habitué dans un monde politique adepte de la langue de bois. Ce que veut Clémentine est l’union des forces antilibérales. Un terme qu’elle dit ne pas aimer parce qu’elle en a «marre d’être anti». De ce définir «contre» et non «pour». Mais voilà, le terme positif reste encore à imaginer tant sa démarche s’inscrit dans une rupture d’avec l’existant. L’extrême gauche peut-elle poursuivre dans sa dynamique post référendaire ? La jeune femme dit y croire. Que les alters partent en campagne désunis, faute à quelques querelles de chefs ? «Non, je ne peux pas l’envisager. On n’est pas aussi cons que ça…» A voir, tant les clivages existent entre les différentes mouvances d’extrême-gauche. Mais si cette union devait se faire mi-décembre, pourquoi pas elle à sa tête. Elle qui semble réussir à faire du neuf avec des idéologies d’hier. Jamais l’extrême-gauche n’aura eu un tel boulevard politique devant elle. Si elle sait s’unir, nul doute que quelques surprises électorales pourraient advenir.

Commentaires

La question est effectivement de savoir si le destin de nos concitoyens passera entre les mains d'une femme. il semble que la position prise [par les voies démocratiques qui plus est même si d'aucun juge que les médias y sont aussi pour quelque chose] par Ségolène Royale fasse des [une au moins puisque Corinne Lepage est inclassable] émules à droite. Mais n'oublie-t-on pas trop vite que d'autres candidatures féminines existent depuis longue date, au PC, à LO. Qu'est-ce qui différencie donc Ségolène Royale de ses "consoeurs" ? A mon avis, cela tient au fait que tout le monde [y compris les personnes qui n'envisagent pas aujourd'hui, et même demain, de voter pour elle] estime qu'elle "présidentiable", c'est-à-dire qu'elle dispose des qualités nécessaires à ce poste. Qualités qui ne sont pas forcément celles dont parlaient Fabius et DSK pour dénigrer sa candidature. La qualité que j'évoque fait plutôt simplement référence à la capacité d'un candidat à la présidence de la République à transcender les clivages politiques, seule condition [mathématique s'il en est] pour accéder au poste : être au-dessus de 50%. Pour ce faire, il faut être capable de réunir son propre "camp" mais aussi de convenir à un faible % du "camp adverse". C'est à mon sens ce qui distingue Ségolène Royale des autres candidates féminines de gauche

Bonne continuation

Ecrit par : citoyen | 21.11.2006

Citoyen,

Assez d'accord sur le fond. Maintenant, ce qu'a en plus Ségolène vis-à-vis des autres candidates antérieurs est une certaines crédibilité de par la formation politique elle appartient. On peut critiquer le PS mais ce parti est bien plus une "insitution" que le PCF ou LO. Autre élément à prendre en compte à mon avis, un certain contexte: sa candidature s'inscrit qu'on le veuille ou non dans un effet, Bachelot, Merkel, voire Clinton. Elle apporte aussi une certaine fraîcheur (plus vraiment jeune mais pas encore vieille ;-). Sur le plan "marketing" cela fait pas mal de bons points. Maintenant, reste la question: qu'a à nous proposer Ségolène. J'avoue être sceptique, sachant que son "programme" s'apparente plus à une girouette qu'aux fondations d'un édifice durable. Maintenant, je n'en sais rien. Disons que je reste assez persuadé que Le Pen sera au second tour et que derrière lui tout reste ouvert... Peut être Ségolène ou Sarkozy mais aussi Bayrou, voir Autain si elle devait réunir l'extrême-gauche (ce qui semble mal parti mais sait-on jamais). Si Autain devait y aller, cela ne manquerait pas de saveur, celle-ci risquant de faire la nique aux deux grands partis (du moins si Chevènement se maintient et que MAM part en dehors de l'UMP, avec le Chêne)...

Christophe

Ecrit par : christophe | 26.11.2006

Ségolène, Clémentine,Michèle... C'est sûr : Geneviève de Fontenay n'aurait jamais pu imaginer qu'on lui pique son concept d'élection de Miss France à la vue de tous et sans que personne ne bronche!

Ecrit par : Lulu | 27.11.2006

la societe de l image ne produit plus d idees. Alors changeons de sexe, cela fera au moins de nouvelles images.

Ecrit par : unionsbuerger | 28.11.2006

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