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30.11.2006

MONSIEUR ET MADAME PQR ONT LE PLAISIR DE VOUS FAIRE PART DE LA CANDIDATURE OFFICIELLE DE NICOLAS SARKOZY

(55e Faubourg Saint-Honoré) Le suspens aura duré. Aura été insoutenable. Au bord de l’apoplexie, la France et les Français ne tenaient d’ailleurs plus. Certains en appelaient à peu de chose près au divin. « S’il vous plaît, dans votre toute bonté, faîtes-nous un signe, ô dieu politique tout puissant ! » Trois Marseillaises et quatre Je vous salue Marie plus tard, rien. Toujours rien. Le messie rechignait encore à annoncer sa venue. Certains songèrent bien à s’en remettre aux indiscrétions du clan Tom Cruise – proche de notre Little Bouddha – et à l’Eglise de Scientologie, mais cela aurait été en pure perte, tant le secret était visiblement bien gardé. Et puis voilà que l’inattendu – un vrai miracle en réalité que le Vatican ne manquera pas de jalouser – s’est finalement produit. Oui, contre toute attente, répondant à l’appel supplicié de millions d’électeurs, la chose est enfin officielle : Nicolas Sarkozy, ministre français de l’intérieur, chef de file de l’UMP, est candidat à la présidentielle de 2007. Ouf, nous voilà rassurés.


Ironique ? Oui, un peu, tant cet « événement » est en fait un « non-événement ». Depuis le temps qu’il en rêvait Nicolas… Depuis le temps qu’il l’annonçait… Depuis le temps qu’il ne faisait aucun doute que rien ne l’empêcherait de faire une offre locative pour le 55e Faubourg Saint-Honoré. La chose n’est pas nouvelle : l’Elysée, Nicolas le veut. L’a sans doute toujours désiré. S’imaginant recevoir en grandes pompes dans ses nouveaux salons, faire quelques pas dans ses charmants jardins. On le comprend, en même temps, Nicolas. Qui ne voudrait pas d’un tel endroit, qui plus est en étant rémunéré pour y séjourner.

Le quotidien Libération a raison de s’en amuser, écrivant, sous la plume d’Antoine Guiral et Vanessa Schneider, que «la ‘surprise’ annoncée avec tambour et trompette par Nicolas Sarkozy fait ‘pschitt’.» De trouver culotter les propos du candidat de droite quand celui-ci explique que «la décision n'était pour lui ‘pas évidente’ à prendre». De railler diplomatiquement la presse quotidienne régionale (PQR) qui, bien que s’étant vue attribuer l’exclusivité de l’événement dans ses éditions d’hier, s’est faite prendre de cours par Libé lui-même, le quotidien parisien ayant diffusé le contenu de l’entretien un jour plus tôt. C’est vrai, la chose n’est peut-être pas très «fair play» mais qu’elle fait du bien ! Parce que pour l’heure, personne ne s’étonne de voir Sarkozy en Une de tous les quotidiens régionaux. Que ceux-ci reproduisent à l’identique le même entretien. On savait une partie de la presse française adepte du copier/coller de certains communiqués de presse, mais de là à se transformer en chargé de communication d’un présidentiable… ! Et pourtant, ce pas a été franchi avec ces manchettes reproduites à l’identique.

Jean-François Kahn, initiateur de l’Evénement du Jeudi et de Marianne n’a eu de cesse de dénoncer ces dernières années ce qu’il appelle « la pensée unique ». Force est de constater que la chose est aujourd’hui loin d’être un mythe. Force est aussi de constater que le suivi de la campagne présidentielle nous en apprend bien plus sur le métier de journaliste que sur celui de politique. Disons-le franchement : quelque chose cloche dans cette profession : comment peut-on à ce point devenir docile ? Accepter de se fondre dans une masse gluante et sans saveur ? Où est la critique ? Où est l’analyse ? N’y a-t-il plus de gens raisonnables dans les rédactions. N’y a-t-il plus personne pour s’étonner, sinon se refuser à une telle dérive ? Visiblement non. Alors oui, Libé a torpillé l’effet d’annonce. Ne pas respecter l’embargo n’est pas très confraternel. Mais osons le dire : merci Libé ! Parce qu’en agissant de la sorte, sa rédaction aura montré au moins une chose dont il serait peut-être temps de prendre conscience ici ou là : l’absurdité du fonctionnement d’une partie d’une profession dont le rôle n’est pas de servir la soupe au monde politique mais d’informer, de décrypter, d’analyser en toute indépendance les agissements de ce dernier. Quelque chose qui, à l’inverse de la « pensée unique » relève malheureusement de plus en plus du mythe.

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Commentaires

Excusez moi cher Christophe, (en prenant le soin de glisser que j'aime assez votre plume habituellement...) mais votre article sur le corporatisme journalistique a un point commun avec la déclaration de Sarkozy quant sa candidature aux présidentielles! Personnellement j'avoue ne pas avoir attendu ces derniers jours pour constater et déplorer l'absence de pertinence du monde de la presse; une neutralité affligeante. Alors vous comprendrez cher Christophe que votre constat sur l'état des lieux du journalisme d'aujourd'hui et l'annonce de Sarkozy hier comme candidat pour 2007 ont un dénomminateur commun: ni l'un ni l'autre ne sont un scoop!

Ecrit par : Lulu | 01.12.2006

Lulu,

On est d'accord. je l'ai moi-même déjà écrit à plusieurs reprises. Mais là un nouveau pas a été franchi. Ce n'est plus Sarkozy en Une de tous les journaux le même jour, mais le même article sur Sarkozy en Une lde tous les quotidiens régionaux le même jour. Je vous l'accorde, il ne s'agit que d'une nuance mais elle est effarante. C'est à se demander pourquoi on a encore autant de journaux en France. Parce qu'à ce stade, autant tout de suite les fermer et n'en garder qu'un. D'ici à ce qu'on le nomme la Pravda... Bref, en un mot: déprimant.

Christophe

Ecrit par : christophe | 01.12.2006

Une pensée compatissante pour la pôvre Arlette Chabot qui doit souffrir le martyre de sa langue écorchée d'avoir tant léché les semelles du sauveur de la Nation, l'altuiste sacrifié sur l'autel de la patrie qui pressé de toutes parts dut se résigner à la candidature à la fonction suprême.

Quand je pense à l'avenir réservé à cette (journaliste?) si le nano-prétendant est élu, je suis horrifié. Pensez donc dès l'élection, ce ne seront plus les pompes à lécher, mais le présidentiel postérieur franco-magyar, et ce pendant 5 horribles années de révérencieuses courbettes cathodiques. Adieu les confrontations, les débats, place aux monologues, soliloques, brièvement interrompus par de serviles acquiescements. Courage Arlette, et si je peux me permettre un petit conseil, il parait qu'avec du beurre ça fait moins mal.

Ecrit par : michel | 01.12.2006

Pauvre Arlette... ;-)

Christophe

Ecrit par : christophe | 01.12.2006